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Shapes of Incertitude
Olga Sabsko
Le travail d’Olga Sabko relève d’une réflexion sur la nature du temps et la difficulté de son appréhension. Soulever la question du temps renvoie invariablement l’homme à sa propre finitude et au cadre indépassable de son existence linéaire. Cette appréhension de l’infini ne se fait pas sans vertige. « L’homme est un point perdu entre deux infinis », dit Pascal.
Refusant de s’engager dans une réflexion ontologique frontale, Olga préfère approcher son sujet à travers les marques physiques qu’il laisse. Il est pour elle un élément indéterminé et fluide au sein duquel surviennent des événements. Son travail de sculpture est autant une tentative de donner forme au temps et à son contenu qu’un moyen de formaliser son rapport physique et émotionnel à lui, ainsi qu’à l’espace qui lui est analogue.
Les formes qui en résultent rendent comptes de différentes façons d’appréhender l’écoulement du temps. Réalisées au terme du premier confinement, les Shapes of Incertitude témoignent du doute et de l’incertitude caractéristiques du contexte de leurs créations. Les formes nerveuses et hérissées des Procrastinator témoignent, elles, d’un combat anxieux contre cet écoulement temporel que l’on tente à tout prix de rentabiliser, à défaut de pouvoir le retenir. Se plaçant en retrait de toute intention esthétique prédéterminée, Olga donne corps à des états intermédiaires, des formes incarnant le temps en mouvement qui évoquent successivement un univers organique, minéral, végétal, ou marin.
L’incertitude est primordiale dans le travail d’Olga Sabko. Son oeuvre ne prétend pas à l’exactitude et elle décharge ses sculptures de toute responsabilité. Suggérant une impression de mouvement perpétuel, les formes qui sont données à voir ne sont pas définitives. Elles sont l’expression d’un mouvement constant à travers plusieurs dimensions
visuelles et sensibles, témoignages d’une existence physique dans un espace-temps incertain. « Les formes ne sont pas confiantes à l’égard d’elles-mêmes » confie-t-elle.
« Elles sont plus proches d’un premier état de la perception, avant que l’esprit n’ait pu reconnaitre la forme, avant qu’on y greffe une idée ». Les matériaux sont laissés bruts et sans couleur particulière, afin de ne pas charger la forme d’une volonté esthétique ou émotionnelle. Elle revendique aussi le caractère inconsistant, fragile et éphémère de ces pièces que le temps finira immanquablement par altérer et détruire. Ce sentiment est renforcé par l’omniprésence du vide, rendu perceptible par les ouvertures que présentent certaines sculptures. De l’incertitude et de son acceptation résultent une responsabilité majeure accordée au spectateur dans l’appréciation des formes.
Nous sommes invités à nous les approprier, à pénétrer dans l’espace au sein duquel elles
évoluent et à entretenir avec elles une relation kinesthésique.
Axel Fried